2 min de lecture
Finir un produit, c'est accepter de vivre avec
Sortir quelque chose, ce n'est pas appuyer sur un bouton. C'est décider que ça va vivre : hébergé, maintenu, compris par quelqu'un qui n'était pas dans la pièce.
On aime le moment où une idée devient un écran. On aime moins, et c'est normal, le moment où l'écran devient une responsabilité. Un produit fini, ce n'est pas un fichier qu'on envoie. C'est quelque chose qu'on accepte de faire vivre.
Fini, ça veut dire utilisable sans nous
Le critère le plus simple : quelqu'un qui n'était pas dans la pièce peut-il s'en servir ? Pas « après qu'on lui ait expliqué ». Tout seul, avec ce qui est à l'écran. Si la réponse est non, ce n'est pas fini. C'est un prototype qui a trop grandi.
Ça vaut pour un jeu comme pour un outil métier. Une règle qu'on doit raconter à voix haute, un chiffre qu'on doit commenter, un bouton dont on doit préciser qu'il ne faut pas cliquer dessus : autant d'aveux.
Fini, ça veut dire que ça tient tout seul
Hébergement, sauvegardes, mises à jour, un nom de domaine qui répond, un certificat qui ne expire pas un dimanche. Rien de tout ça n'est glamour. Tout ça est le produit. Un jeu qui ne se lance plus six mois plus tard n'a jamais été fini : il a été montré.
On préfère un produit plus petit qui tourne encore l'année suivante, qu'un produit ambitieux qu'on n'ose plus rouvrir. La pente, encore : ce qui tient dans le temps, pas ce qui impressionne le jour de la démo.
Fini, ça veut dire qu'on a coupé
On n'a jamais sorti un produit en ayant tout fait. On a toujours une liste de « ça serait bien ». Finir, c'est choisir ce qui reste dehors. Pas par paresse : pour que ce qui est dedans soit solide. Une fonction à moitié faite pèse plus lourd qu'une fonction absente.
C'est pour ça qu'on aime les formats courts. Un party game d'une soirée, un simulateur qui répond à quatre questions. Le périmètre est visible. On sait quand on a fini, et on sait ce qu'on a décidé de ne pas faire.
Le labo après la chasse
Une fois le produit dehors, le travail change. On écoute, on corrige, on ne relance pas la grande chasse. Le dahu est dans le sac : maintenant, il faut le garder en vie. C'est moins romantique. C'est ce qui fait qu'on a le droit de recommencer.